Roch Deniau, designer graphique et typographique, Paris.

Bonjour Roch, comment ça va ?

Très bien, merci. Je reviens de quelques jours sur la côte basque où j’ai surfé de belles vagues.

Peux-tu nous en dire plus à ton sujet ?

Roch est mon vrai prénom et il se prononce comme le Rock ’n’ roll. Designer graphique indépendant à Paris depuis 2005, mon travail s’articule entre projets de commande et de recherche, à travers différents médias de l’imprimé au numérique et avec un intérêt passionné pour la typographie.

Parallèlement, je commence avec beaucoup de plaisir l’enseignement de ma pratique lors d’interventions et workshops en écoles d’art.

Quel est ton vécu et ton approche du design graphique et de la typographie ?

Ma passion pour la typographie a débuté en parallèle de mes études d’arts graphiques. J’ai commencé par chercher des livres consacrés à ce domaine et j’ai été fasciné par la possibilité de voir les mots comme des images. Dès la fin de mes études, j’ai décidé de me former en autodidacte au dessin de caractères d’une part et aux langages de programmation d’autre part, ce qui m’a conduit à m’installer en indépendant.

Jusqu’à présent mes commandes ont été principalement des identités visuelles globales, où mes compétences en design graphique, typographie et programmation m’ont permis de travailler avec une grande liberté.

Chaque projet comporte en lui l’amorce du projet suivant, chaque travail graphique me permet d’aller plus loin dans la recherche. Je peux y explorer la chaîne complète, de la création d’une identité et ses applications au dessin de caractères allant même jusqu’au développement de sites internet. Toutes ces compétences aujourd’hui s’entrecroisent et se complètent à chaque nouveau projet.

Les travaux de commandes sont l’occasion pour toi de développer de nouveaux caractères typographiques, c’est bien ça ?

Effectivement, la commande est un véritable stimulant pour mettre en œuvre tout ce que j’aime faire en matière de typographie.

Dans mon travail, la typographie est souvent la première chose qui incarne le projet, avec ses contrastes, ses formes et ses surfaces. Si la commande le permet, j’aime utiliser mes propres dessins de caractères car pour moi, les typographies sont signifiantes et mettent en valeur le sens de chaque projet. Elles ont un parti pris, une âme, une personnalité.

Le Typetica par exemple, peux-tu nous en dire plus ?

L’histoire du Typetica a commencé avec la création de l’identité de La Réserve des arts, association dédiée au réemploi de matériaux pour la création. Je leur ai proposé de créer un caractère spécifique afin qu’il occupe une place centrale et puisse être instantanément identifié à travers l’ensemble de leurs outils de communication. Paradoxalement je souhaitais créer un « standard », s’inspirant de l’ensemble des polices Grotesques tel que l’Helvetica, mais avec une construction plus géométrique et une apparence sympathique. L’invention du nom même de Typetica est une contraction ironique de Type et Helvetica.

C’est la première fois que je crée une police de caractères aussi complète et aboutie dans sa version Regular. En accord avec La Réserve des arts, le Typetica ne leur est pas exclusif et je l’utilise aujourd’hui dans d’autres projets, notamment sur mon site. Dans un futur proche, mon désir est de développer une famille comprenant le Light, le Bold et ses obliques.

Et le projet Normotype ?

Le Normotype est un projet personnel initié en 2010 qui a été exposé au festival international de l’affiche et du graphisme de Chaumont la même année.

Mon idée était de créer mon propre outil afin de pouvoir me passer de l’ordinateur et de réaliser des lettres manuellement sans être manuscrites, avec une grille et une régularité dans le tracé se rapprochant des caractères imprimés. J’ai donc créé une règle percée de 15 modules différents dont la combinaison de ses formes permet de réaliser une variété infinie de lettres et de figures.

En 2013, j’ai à nouveau été invité au festival de Chaumont pour un atelier participatif. Cette fois-ci j’y suis retourné avec une version extra large du Normotype ; la participation se faisait non plus à plat mais directement au mur.

J’ai également sorti une édition limitée du Normotype dont les derniers exemplaires sont en vente sur mon site.

Avec qui ou quelle discipline aimerais-tu collaborer ?

Avec des personnes qui sont autant passionnées par ce qu’elles font que je le suis moi-même.

Plusieurs de tes projets sont en relation avec le monde du design industriel.
As-tu un designer favori ?

Mon favori est mon ami Olivier Lellouche (avec qui j’ai partagé pendant quelques années le même atelier) dont la radicalité, les expérimentations et le questionnement de sa pratique me fascinent. Il a une démarche qui va au-delà de la définition du designer ; ceci le mène à ne pas seulement fabriquer des objets mais aussi des situations dont le but est de pousser le public à discuter et questionner le design. (destihl.eu)

Une publication à nous conseiller ?

En ce moment, j’ai une pile de livres avec des thèmes proches, sur l’art et je lis aussi d’autres livres sans relation directe mais où se fait une corrélation intéressante.

Cattelan, Maurizio – Autobiographie non autorisée, Francesco Bonami (Les Presses du réel)
Conversations, volume 1, Hans Ulrich Obrist (Manuella éditions)
L’Atlas Mnémosyne, Aby Warburg (L’écarquillé)
Voyage au Mont Tamalpaïs, Etel Adnam (Manuella éditions)
Just Kids, Patti Smith (Ecco)
Art is Arp – dessins, collages, reliefs, sculptures, poésie (Musées de la ville de Strasbourg)
A pocket companion to books from the Simpsons in alphabetical order, Olivier Lebrun (Rollo Press)

Le mot de la fin…

Let’s rock!

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>   roch.to

Interview : Dennis Moya & Tiffany Baehler – 06.14

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Portrait ©Hugo Deniau.