Catherine_Leutenegger

Aujourd’hui nous mettons en lumière la photographe Catherine Leutenegger.
Nous nous sommes intéressés au livre monographique Kodak City, concrétisation d’une enquête photographique dédiée à l’ex-empire Kodak, situé dans la ville industrielle de Rochester. Le livre fait, en ce moment même, l’objet d’une collecte de fonds sur le site de crowdfunding suisse wemakeit.ch afin de couvrir une partie des coûts de production de ce dernier. Nous vous invitons à lire ses propos et en découvrir un peu plus sur sa façon d’appréhender le médium photographique et son environnement.

……………………….

Bonjour Catherine, comment ça va ?

Très bien merci, ça sent la fin de l’année, beaucoup d’agitation dans l’air et de nombreux projets en perspective pour 2014!

Peux-tu te présenter ?

Catherine Leutenegger, née un jeudi 5 mai à Lausanne. Photographe.

D’où vient ton attrait pour la photographie ?

Depuis mon enfance, j’ai toujours aimé observer le monde qui m’entoure. J’ai d’abord utilisé le dessin pour le retranscrire et le saisir. Je m’inventais des histoires et des personnages, un moyen de m’exprimer et de m’extraire de la réalité. La photo est venue plus tardivement à l’adolescence. La pellicule film a subitement remplacé le papier et les crayons pour assouvir une curiosité et un imaginaire insatiable. J’avais trouvé dans la photographie un nouveau mode d’expression, un exutoire à émotions aux possibilités infinies. Un sésame pour entrer dans des univers méconnus et improbables.

Tu es en ce moment même en train de collecter des fonds sur wemakeit.ch qui permettront de financer une partie de ton livre photographique Kodak City. — Peux-tu nous parler de ce projet consacré à l'(ex)empire Kodak ?

J’enquête, depuis plusieurs années déjà, sur le médium photographique et sur son contexte de production. Une réflexion sur son passé et son avenir. De la photographie sur la photographie, ou métaphotographie!

Au début des années 2000 – encore jeune étudiante à l’Ecole cantonale d’art de Lausanne – je me souviens avoir été très marquée par l’arrivée des premiers boîtiers numériques. Au-delà du bouleversement technologique du médium, s’opérait une mutation singulière dans notre manière de faire, concevoir et regarder des images. Ceci avait suscité en moi de nombreux questionnements :
Y a-t-il encore un avenir pour les studios de photographe ? Que subsiste-il aujourd’hui du travail dans la chambre noire ? Les fabricants de papiers, de pellicules, de produits chimiques vont-ils disparaître du marché ? L’écran est-il devenu le nouveau laboratoire photographique ? Comment les photographes vivent-ils cette évolution ? Je sentais que nous étions en train de vivre un moment particulier de l’histoire de la photographie et j’éprouvais le désir de livrer un témoignage personnel de cette période de transition dans laquelle je me trouvais intimement immergée.

En 2007, mon travail de diplôme « Hors-champ » – premier volet de cette enquête réalisée dans des studios photo et laboratoires de Romandie – a été distingué par le Prix Culturel Manor, les Bourses fédérales de Design et le Prix du Canton de Vaud. Ce qui m’a permis de réaliser un premier livre monographique du même nom et de poursuivre le projet à New York.

La ville industrielle de Rochester surnommée la ville Kodak – se situant non loin de la bouillonnante City new-yorkaise – j’ai décidé de m’y rendre pour découvrir à quoi ressemble la ville qui a vu naître la première pellicule film (flexible) de cellulose inventée par George Eastman en 1887—1889. Suite logique d’un pèlerinage photographique amorcé en terre helvétique.

Je ne vais pas t’en dire plus et t’invite à te rendre sur la page wemakeit.ch pour plus d’infos et pour soutenir le livre! http://wemakeit.ch/projects/kodak-city Toute contributions est récompensées d’une contrepartie…

As-tu rencontré des difficultés à photographier certains lieux ?

Oui énormément! Il s’est avéré très compliqué d’obtenir les autorisations d’accès aux intérieurs des quartiers généraux Kodak et plus particulièrement au parc industriel appelé le « Kodak Park » l’un des plus grands au monde.  Les lettres de recommandation que j’avais pu obtenir du directeur du musée de l’Elysée, de la galerie Aperture et de l’ambassade des Etats-Unis à Berne n’ont pas fait le poids face à leurs restrictions.

Même le grand Robert Frank a été refoulé dans ses tentatives d’approches de ce grand empire. Pour dire…

À posteriori, je réalise que ces contraintes ont été salvatrices dans ma démarche artistique. Elles m’ont conduites à aborder le sujet sous un autre angle. Une approche peut-être moins attendue et prévisible. La frustration des débuts s’est transformée en une volonté de parvenir à raconter mon histoire d’une autre manière – en m’intéressant davantage aux répercussions du déclin des ventes de films argentiques sur la ville de Rochester et ses habitants.

En faire un livre est une nécessité pour faire perdurer ce projet ?

Oui très clairement! Kodak City constitue l’enregistrement d’une page singulière de l’histoire de la photographie qui se tourne. À contrario des expositions et de leur éphémérité intrinsèque, un livre fonctionne très bien comme trace historique, il permet de mettre en boîte des instants à l’image d’un bocal de formol. Un objet sensoriel, vecteur de messages et d’émotions dans un environnement dominé par le virtuel.

Véritable condensé des volontés de son/ses auteur(s), en analogie à une oeuvre architecturale ou sculpturale, le livre pousse à faire des choix drastiques pour ne garder que l’essentiel. La confrontation et l’alliance du texte à l’image permettent aussi d’apporter des pistes de lecture puissantes à l’oeuvre.

Est-ce que ta façon de photographier est-elle influencée par un mouvement en particulier ?

Les influences sont nombreuses et s’inscrivent principalement dans la lignée de la photographie documentaire conceptuelle: Lynne Cohen, Candida Hofer, Stephen Shore, Walker Evans, Robert Frank, Allan Sekula, Bernd & Hilla Becher, Atget.

Je suis aussi très inspirée par l’esthétique cinématographique des films de David Lynch, des frères Cohen, Roman Polanski et Stanley Kubrick.

Difficile de réinventer la roue, mais la route – elle – appartient à tous et on peut toujours tenter d’aller un peu plus loin que nos prédécesseurs et/ou parvenir à trouver des chemins de traverses en dehors des sentiers battus.

Lausanne ou New York ?

Lausanne ET New York!

New York pour son énergie, son avant-gardisme et sa démesure!
Lausanne pour sa qualité de vie.

En ce moment, quel est le livre qui se trouve sur ta table de chevet ?

Une belle pile afin de trouver l’inspiration pour mon futur livre et parvenir à arrêter mon choix de format, papier, reliure, typo etc.
À son sommet, NEW TOPOGRAPHICS et le livre d’ED RUSCHA.

Le mot de la fin…

Photography must go on…

……………………….

>   www.cleutenegger.com

>   wemakeit.ch/projects/kodak-city

Interview : Dennis Moya & Tiffany Baehler – 12.13

Toutes les images appartiennent à Catherine Leutenegger.

Categories:
CH
Interviews
Photography

Leutenegger_Kodak_city_cover

leutenegger_kodak_003

leutenegger_kodak_001leutenegger_kodak_002leutenegger_kodak_004leutenegger_kodak_006leutenegger_kodak_005leutenegger_kodak_007leutenegger_kodak_009leutenegger_kodak_008leutenegger_kodak_010leutenegger_kodak_011leutenegger_kodak_013 leutenegger_kodak_015 leutenegger_kodak_014Leutenegger_Kodak_city_dummy_cover_big