Choquet-Thevoz-portrait

Aujourd’hui, ce sont deux jeunes designers que nous vous présentons. Joséphine Choquet et Virgile Thévoz ont élaboré une collection de lunettes de soleil. Récemment diplômés en Master of Advanced Studies in Luxury Design and Craftsmanship à l’ECAL, ils nous parlent de leurs parcours respectif, de leur approche de la discipline et nous donnent leurs avis sur le marché actuel du design.

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Bonjour Joséphine et Virgile, comment ça va ?

V — Bien, merci!
J — Ça va bien!!

Pouvez-vous nous en dire plus sur chacun de vous ainsi que l’histoire de votre collaboration ?

J — Après avoir terminé mon bachelor en design industriel à la Cambre, à Bruxelles, je suis arrivée à l’Ecal en MAS-LUXE.
Depuis l’obtention de mon diplôme, je développe quelques projets réalisés à l’école en vue de les vendre dans des galeries comme l’Arcobaleno dirigé par Ambra Medda. Et bien sur nous développons ensemble, avec Virgile, quelques projets destinés autant à des concours qu’à des commandes galeries.

V — Je suis né en Suisse, bien que j’ai vécu à l’étranger jusqu’à mes 16 ans, où je suis revenu. J’ai effectué mon bachelor en design industriel à L’ECAL, quelques expériences à l’étranger et j’ai terminé le MAS-Luxe en juillet dernier. Je travaille actuellement sur des projets personnels, destinés à des galeries, mais aussi à de la production en moyenne série.

J — Notre collaboration est simplement basée sur la fusion de deux approches différentes du design, mais complémentaires; Virgile a une vision pragmatique et technique du design tandis que je suis plus dans un design naïf, principalement axé sur des matériaux ou des lignes.

Qu’est-ce qui vous a amené vers le design et quelle est votre approche de cette discipline ?

J — L’objet en général a toujours était important pour moi, qu’il véhicule un intérêt purement esthétique, simplement fonctionnel, parfois spirituel.
Ces « affections »/ affinités envers l’objet m’ont amené à dessiner des objets chargés de poésie dans un premier temps, j’ai ensuite eu envie de travailler des matériaux qui eux-mêmes sont chargés de poésie et de savoir faire; je me suis donc naturellement dirigée vers ce master spécialisé dans l’artisanat de luxe. Lorsqu’un savoir faire m’est conté, je le respecte et tente de le magnifier dans les objets que je dessine.

V — La passion pour le dessin m’a conduit vers cet univers. Mais mon approche du design a évolué, les méthodes également, donc je ne dessine plus aussi bien, ni autant qu’avant; même si mon crayon reste l’outil de choix pour travailler tous les jours et donner un premier élan à mes idées. Je pense que le design s’éloigne du domaine de l’art pour devenir un service à part entière. L’intelligence des formes reste primordiale, mais d’autres facteurs plus contemporains rentrent en compte, comme les coûts de fabrication, le contexte d’utilisation et la durabilité. On essaie de rendre la vie plus agréable aux gens à travers des objets qu’ils s’approprieront pour ces qualités.

Pourriez-vous nous en dire plus sur votre projet Lun’s ?

V / J — C’est avant tout une envie de côtoyer les lunetiers et découvrir un peu plus précisément leur quotidien. Nous avons collaboré avec des opticiens pour l’assemblage des montures, des verres et des branches et ils nous ont expliqué comment et avec quels outils ils travaillent. Ca reste un secteur où il est possible de tout faire à la main, du dessin à la réalisation complète de la paire de lunette. Le matériau, l’acétate, est déjà très répandu en lunetterie, pourtant son choix de motifs et de couleurs nous a donné envie de partir dans une direction plus décalée.

Parlez-nous de vos expériences respectives à l’ECAL en Master of Advanced Studies in Luxury Design and Craftsmanship. Qu’est-ce que cela vous a apporté ?

J — Le mas luxe permet de pouvoir aller à la rencontre de savoir-faire UNIQUE, et de comprendre de l’intérieur l’identité et les savoir-faire de grandes marques comme Hermès ou Baccarat et de les intégrer dans nos dessins.

V — C’est surtout l’opportunité de se mesurer aux réelles exigences du monde dans lequel nous allons faire carrière. Je pense que le rythme de travail que nous avons vécu reflète cette réalité qui veut que nous soyons polyvalents, réactifs et précis dans notre travail. On se mesure également aux autres pour jauger de nos capacités et se rendre compte si finalement on est au point ou pas. Je sais aujourd’hui ce dont je suis capable et cela est rassurant pour la suite.

Quels sont vos avis sur le design et son marché actuel ?

V — Le design actuel donne davantage d’importance aux jeunes créateurs, par le biais de magazines, de concours, et c’est une bonne chose, pour nous d’abord. Avec cette tendance et les moyens dont les jeunes disposent, le design a tendance à “s’accessoiriser” et à se démocratiser grâce à des prix de ventes correctes. On aborde l’autoproduction en petite série et ce sont surtout des opportunités de visibilité qui nous sont offertes, ce qui est appréciable. Il nous manque toujours ce rapport privilégié avec la clientèle qui majoritairement voit le design comme branche artistique et s’en contente lors d’expositions ou de grands salons. Notre finalité est quand même de vendre nos idées pour pouvoir en vivre et ça reste malheureusement difficile pour des jeunes sortant de leurs études.

J — Le « design » est aujourd’hui un terme qui ne signifie pas grand chose tant la pratique de la discipline est vaste. Je pense que le design oscille de plus en plus entre plusieurs domaine ce qui le rend d’autant plus riche. Ces approches hybrides et pluridisciplinaires sont pour moi l’avenir du design.

Quelles sont vos influences et vos inspirations ?

J — Je n’ai pas une seule référence !! Nous sommes aujourd’hui dans un design qui puise ses inspirations dans toutes sortes de domaines… je suis plus séduite par des formes issues de l’art contemporain que du « design produit ». Mais en quelques noms, Muller van severen, le studio TOOGOOD, Michael Anastassiades, Peter Alexander, Becky Beasley, …

V — Le design scandinave de manière générale et Mathieu Matégot, designer français des années 1950, spécialisé dans les objets en tôle perforée. Il a su donner une direction au design moderne des années 50, avec un style et une efficacité qui lui sont propres.

Le mot de la fin…

J / V — Nouvelle collection de lunettes début d’année prochaine !

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Interview : Dennis Moya & Tiffany Baehler – 11.13

Images : ©Joséphine Choquet & Virgile Thévoz.

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