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L’Atelier Müesli c’est du design graphique, c’est à Paris et c’est surtout deux passionnés, Mytil Ducomet & Léa Chapon. Ils nous parlent de leur parcours, de l’identité visuelle de l’école Boulle ou encore de typographie. C’est aujourd’hui avec plaisir que nous vous présentons leurs projets et leurs propos.

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Bonjour Mytil Ducomet & Léa Chapon, comment allez-vous ?

Ça va bien merci, mais un peu sur les coudes là… On sort juste de pas mal de charrettes accumulées.

Pouvez-vous nous en dire plus sur l’histoire de votre atelier ?

On s’est rencontré avec Léa durant notre cursus d’étude à l’école Estienne, puis nous sommes passés rapidement aux Arts Décoratifs de Paris. Durant cette année là, Mytil a commencé à travailler pour quelques agences et monter un studio avec des amis. À la sortie des Arts Déco, le projet de monter un atelier ensemble s’est fait plus concret. On a commencé à travailler en répondant à des appels d’offres qu’on nous avait recommandé. Et dès le premier ça a marché,  c’était pour le Centre Chorégraphique de Tours (CCNT) une structure culturelle assez importante pour de jeunes graphistes. Autant dire que nous nous sommes réjouis de pouvoir si tôt travailler pour un domaine qui nous plaisait beaucoup : la culture. Je pense qu’on ne réalisait même pas la chance qu’on avait. C’est un centre dont le graphisme avait été confié à Antoine et Manuel notamment, ce qui nous mettait doublement la pression : être à la hauteur d’un studio reconnu et créer quelque chose de différent.
Nous nous sommes retrouvés avec une très grande liberté alors qu’on nous avait plutôt préparé à faire face à un univers de contraintes. Ça peut sembler paradoxal, mais cela nous a demandé énormément car nous devions très rapidement savoir faire face aux problèmes : “Qui sommes nous ? Qu’est-ce qu’on veut dire ? Quelle est notre marge ? Notre discours ? En a-t-on un ?”. On devait se définir à la fois graphiquement et humainement face au client. Ce premier boulot a été profondément formateur et enrichissant.

Ce premier job a confirmé notre envie de travailler dans le milieu culturel et artistique et par chance nous a attiré de nouvelles sollicitations dans ce milieu. Les meilleurs rencontres ont ensuite été celles du Centre National des Arts plastiques pour qui nous avons eu, presque immédiatement après le CCNT, l’occasion de concevoir “Graphisme en France” (une grosse pression à nouveau pour des jeunes car c’est presque l’unique support qui relate de l’état du graphisme en France) puis quelques années après un catalogue d’exposition (Explorateur). Plus récemment le renouvellement complet de l’identité de l’école Boulle ou du réseau TRAM (art contemporain en Ile de France). Par ailleurs, les projets se sont enchainés et nous ont donné l’occasion de nous mettre à chaque fois des défis, ce qui a garantit pour l’instant la richesse et l’intérêt de notre travail qui est essentiel pour nous.

Où se trouve votre atelier et qu’est-ce que vous aimez dans cet endroit ?

Nous sommes à Paris dans un quartier qui s’appelle Belleville. Ce qui nous plaît à Paris c’est la diversité de gens et d’approches : c’est extrêmement stimulant et ça ouvre beaucoup l’esprit ! Dans notre environnement proche de ce qu’on apprécie c’est que c’est un quartier assez “cramé”… Enfin, il y a un coté “bobo” de plus en plus mais on est dans un coin qui parfois fait penser à la Cours des Miracles ou à un quartier de la série “The Corner” c’est assez fun et assez trash. Ça vient globalement de la zone qui y régnait avant, mais aussi de la rencontre des communautés : les confessions (juifs, musulmans) et les origines (chinoises, tunisienne, israélienne, française, africaines…) se mélangent et se confrontent, c’est excellent et détonnant… On aime vraiment cette vie. En plus, il y a plein de petits spots où boire des coups, c’est vraiment bien !

Notre atelier est dans une cour, dans laquelle il y a beaucoup d’autres ateliers de jeunes architectes, paysagistes, ou autres métiers artistiques. C’est plaisant aussi de partager la vie des autres, les éclats de joies au fond de la cour quand l’atelier du fond a gagné un appel d’offre, les engueulades avec les clients au téléphone, les 100 pas au fond de la cour pour négocier les conditions d’un contrat. Tout ça est très touchant car nous partageons les mêmes émotions.

Après, venant de province, on a tendance à regretter parfois la simplicité et le calme de la campagne… ce sera peut être pour une autre tranche de vie.

Qu’est-ce qui vous a amené vers le design graphique ?

C’est marrant on en a parlé récemment tous les deux… On pense qu’il y a des expériences “sommet” qui pousse chacun à faire ce métier : Léa, c’est sa rencontre à Lyon au collège avec l’URDLA (Centre international de l’estampe), un lieu magique de création et de fabrication dans lequel l’artiste et l’imprimeur collaborent autour de savoir hyper rares et traditionnels de l’imprimerie. C’est là que son envie s’est cristallisée même si elle a toujours aimé et a été baigné dans l’univers de la création graphique et le design (ses parents sont professeurs d’arts appliqués). Pour Mytil, cette expérience a eu lieu bien plus tardivement grâce à un ami qui était entré à l’École Estienne et qui était passionné d’électro et de pochettes de disque, il collectionnait les vinyles de Warp ou de Talkin’ Loud et ça lui a fait un choc (auditif et visuel). Ça faisait aussi écho aux pochettes qu’il refaisait enfant pour des groupes de hard-rock et a un milieu familial tourné vers les arts lui aussi. Suite à cela (ou parallèlement) nous avons toujours entretenu un rapport à l’art et au dessin, nous avons donc tous les deux emprunté un cursus scolaire artistique qui nous a amené en école d’art.

Vous avez réalisé l’identité visuelle de la fameuse école d’art et de design parisienne, l’école Boulle. Pouvez-vous nous en dire plus à ce propos ?

C’est un projet que nous avons commencé il y a 3 ans environ. Après avoir remporté l’appel d’offre, nous avons commencé à travailler en étroite collaboration avec l’équipe de l’école pour tout revoir, de l’identité aux catalogues des diplômes en passant par la revue ou les cartes de voeux de l’école. Dès le début, ça a été une collaboration vraiment idéale : nous avions un client à la fois au courant et capable de juger un travail en fonction de problématique propre au design et à la fois c’est une école qui ne possède aucune section graphisme et donc aucun “expert” en interne, ce qui aurait pu rendre la collaboration plus compliquée. Nous avons donc bénéficié d’une grande liberté d’action.

Un des aspects importants de cette collaboration découle de la nature de notre proposition, en effet l’idée de base de l’identité visuelle est d’arriver à unifier en une seule image les deux grandes tendances de l’école : d’une part, le côté traditionnel de l’école et des métiers d’art, ce que cela représente de savoir faire et de transmission ancestrale avec des métiers uniques et prestigieux, et d’autre part le côté plus actuel de l’école avec les sections de design et tout ce que cela implique en terme de création, techniques et problématiques contemporaines qui ont permis à l’école de prendre un second souffle.

Ainsi, notre proposition s’appuyait sur l’idée d’une complémentarité de ces 2 tendances dans tous les aspects de la communication de l’école : que ce soit dans les éléments graphiques créés comme dans les techniques utilisées dans la fabrication de supports.  Cela nous a par exemple amené à rechercher des techniques d’impressions particulières liées au passé de l’imprimerie ou à l’inverse à nous tourner vers des processus de fabrication utilisés dans le design industriel et de tenter de mixer les deux.

Un autre aspect très gratifiant de cette collaboration réside dans le fait de pouvoir tenir un discours sur le design à travers les instruments même du design “graphique”. Nous sommes arrivés à une maturité d’échange telle avec l’école qu’il nous est permis de pouvoir exprimer certaines dimensions liées au design dit “produit” uniquement avec des outils propres au design dit “graphique” sans aucun besoin d’illustration ou de reproduction de la forme en volume 3D. Le design graphique joue ainsi un rôle à égalité avec le design, il est libéré de toute nécessité d’illustration ou de domination par un objet extérieur à communiquer. Il se place pour autant dans une logique de communication et de médiatisation mais parle et se développe principalement avec ses problématiques et ses références propres. Il opère ainsi plus par translation et en miroir des problématiques abordées dans le design.

Ainsi, pour une affiche, une invitation ou un catalogue lié à un workshop, un meuble ou un projet de design culinaire, nous ne sommes pas forcés de recourir à une image ou une photo qui ne serait qu’une “reproduction” de l’objet, une copie “fausse” et faussée, un simulacre qui ne nous satisferait que partiellement car elle ne permettrait pas de retransmettre toute la richesse et la matérialité de l’objet décrit.

Nous pouvons exprimer l’idée contenue dans le projet directement au moyen d’outils propre au design graphique tel que la forme, la couleur, l’espace ou la typographie. Nous essayons d’utiliser des objets graphique uniquement pour leur propre matérialité et leur propre connotation sans aucune autre tentative que de présenter la forme en tant que telle, en tant que vecteur de sens et de connotations propre : le minimalisme de la plupart des compositions créées pour Boulle découlent de cette volonté : la forme par elle-même.

Dans cette optique la typographie joue dans l’identité de Boulle un rôle prépondérant car elle est la symétrie exacte de l’objet designé : elle est pour nous la plus juste et la plus pur expression de ce qu’est le design appliqué au papier et à la communication (donc le “design graphique”), elle est objet de forme et de sens, objet d’usage et de création…

Vos réalisations sont également conséquentes pour le Centre Chorégraphique de Tours.  L’interprétation graphique du mouvement et du spectacle sont-ils vecteurs de création ?

Bien que cette histoire est maintenant derrière nous (remplacement de direction oblige), on peut dire que cette collaboration a été très importante et enrichissante pour nous. Ce type d’approche qui consiste à médiatiser l’impalpable est toujours très intéressant pour un graphiste car elle le met face à ce qu’il ressent et le pousse à puiser en lui. C’est un des domaines qui met en jeu la part créative et “artistique” du designer graphique.

Ce qui était particulièrement intéressant c’était de voir comment au sein d’un système graphique cohérent (l’identité visuelle mis en place initialement), nous devions trouver des modulations et des déclinaisons pour traduire chaque spectacle. Cela nous demandait sans cesse de questionner le lien entre ces 2 dimensions et posait ainsi de plus en plus fortement (alors que les saisons passaient) la question de la marge autorisée par le système. Cela a été très formateur car depuis nous n’avons pas cessé d’envisager nos projets ainsi : créer un système (un corpus de règles) délimitant un territoire qui nous permette à la fois une latitude d’intervention suffisante pour réinventer le système au quotidien, autoriser une démarche artistique et parallèlement qui maintient l’identité du système. Au fur et à mesure ceci nous a amené aussi paradoxalement à nous intéresser aux systèmes graphiques qui ne font pas système et ainsi en forme un. Donc à d’autres méthodes ou approches graphique pour concevoir un projet.

Qu’est-ce qui vous passionnent dans l’usage de la typographie ?

La typo est très importante pour nous et occupe une place centrale dans nos projets, au moins pour 2 raisons : d’une part c’est la pierre angulaire du graphisme car elle est de fait un élément irréductible de notre travail de graphiste. Mais c’est aussi et surtout un univers en soit qui permet de traduire tout ce que l’on veut : ses formes, sa conception, ses partis pris, ses références opèrent comme l’oeuvre d’un artiste : elle fait sens, elle se suffit à elle-même. Une autre dimension qui la rend fascinante c’est qu’elle puisse se confondre avec le langage en lui-même et au delà avec la pensée elle-même, c’est ce qu’ont exploré par exemple nombre d’artistes conceptuels.

Ce qui est fascinant c’est que la typographie possède une dimension spéciale par rapport à tout autre forme : elle peut tout autant être appréhendée sous un angle formel (en temps que signe) que sous un angle purement linguistique ou sémantique, une sorte de pur média idéal de transmission du sens. Cette ambivalence en fait un objet graphique et conceptuel extrêmement  ambiguë, très puissant et donc très intéressant à utiliser.

La typographie, c’est une histoire, chaque époque est marquée par un type d’écriture, par une façon de l’utiliser, une manière de la détourner ou de s’y plier. Cette dimension est aussi très passionnante. Nous glanons beaucoup de documents qui mettent en scène des formes typographiques curieuses et pittoresques. Léa aime bien fouiller dans les tiroirs des vieilles armoires pour y dénicher les vieux papiers, les morceaux de réclames du début du siècle. Et Mytil ne fait pas 2 mètres dans la rue, sans s’arrêter pour regarder les bouts de papiers imprimés collés aux murs ou posés sur un banc, les affiches populaires faites à la débrouille de concert ou de réclames de marabout et autre match de boxe…

Quelles sont vos influences et références en terme de design graphique et de typographie ?

Elles sont très nombreuses, nous parcourons très souvent l’actualité et l’émergence de nouveaux studios sur le web, c’est extrêmement varié…

Avez-vous des projets à venir ?

À long terme nous imaginons pouvoir développer notre propre production et des projets à mi-chemin entre le graphisme et le design d’objet. Des projets basés sur de vrais usages et de vrais besoins dans une optique entre artisanat et pratiques contemporaines avec une approche environnementale… Et pourquoi pas développer une boutique afin de pouvoir diffuser ces productions et peut être celles d’amis inspirés par les mêmes motivations. Par ailleurs nous aimerions bien sûr continuer et développer notre travail de commande dans le champ culturel et artistique à travers l’identité et le design de livre.

Le mot de la fin…

Merci de nous avoir invité !

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>   ateliermuesli.com

Interview : Dennis Moya & Tiffany Baehler – 05.13

Toutes les images appartiennent à ©Atelier Müesli.

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