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Les travaux du photographe Aurélien Bergot interrogent et portent à refléxion. Influencé par le photographe Walker Evans et le mouvement des New Topographics, Aurélien Bergot exprime la relation de l’Homme au sein des paysages urbains contemporains de par les lieux qu’il photographie. Il nous a fait le plaisir de répondre à notre interview…

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Bonjour Aurélien, comment vas-tu ?
Hello Dennis, ça va pas mal du tout et toi ?

Je vais bien merci. Peux-tu nous en dire plus à ton sujet ?
Je m’appelle Aurélien Bergot, j’ai 34 ans, je suis photographe, je suis marié, j’ai un fils de 18 mois et j’adore cuisiner!

Parles-nous de ton vécu avec la photographie. Y a t-il une image qui t’a donné envie de faire ce métier ?
En fait je n’ai pas vraiment eu de révélation car pour moi l’acte de photographier est venu avant la compréhension de ce médium. Quand je devais avoir 10-12 ans, j’ai reçu mon premier appareil photo d’un ami de la famille, M. Phan, un vietnamien qui avait fait l’école de photo de Vevey dans les années 60-70 et qui était resté en Suisse. J’ai depuis toujours photographié ce qui m’entourait, avec l’esprit libre mais cependant assez conceptuel de l’enfance. J’ai par exemple retrouvé dans mes archives photos de cette époque une vingtaine de vue depuis la fenêtre de ma chambre, moment de la journée différents, saisons différentes, etc. Je faisais aussi un journal de nos voyages et vacances en textes et images… Pour moi, c’était normal de faire de la photo, encore plus normal d’en faire mon métier.

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Une majorité de tes travaux personnels se portent sur le thème du lieu et de l’architecture. Quelle-est ta démarche en tant que photographe ?
Mon premier métier est dessinateur en bâtiment. J’ai travaillé 5 ans dans l’architecture avant d’aller à l’école de photographie de Vevey. J’ai donc une acuité à l’architecture et au lieu. J’ai aussi été particulièrement influencé par les théories de Walker Evans, qui posent les bases de la photographie documentaire, et qui précisent (en résumé…) que le lieu dans lequel vivent les gens, leur “mise-en-scènes du quotidien” et leurs traces en dit beaucoup plus que l’image de ces personnes elles-mêmes. J’ai donc décidé d’exclure les personnes de mes images et de me concentrer sur ce qu’ils laissent à voir derrière eux. Ça c’est pour le contenant. En ce qui concerne le contenu, influencé par les écrits de Foucault, ma démarche interroge la notion de pouvoir à travers la représentation du paysage. Comment le pouvoir se cristallise dans le lieu?

“Le déclin de l’empire” est une série qui porte à réflexion. Pourquoi t’es-tu arrêté sur ce sujet ?
En 2012, j’ai voulu réaliser un travail qui parle de la crise économique et de l’impact de celle-ci sur l’Europe. La Grèce s’écroulait et était au centre des préoccupations journalistiques, j’ai pensé alors que ce serait l’endroit idéal. Avant chaque projet je fais beaucoup de recherche, je me documente et je m’informe pour trouver le détail ou l’angle approprié. Mon but n’étant pas de réaliser une vue exhaustive de la problématique mais de faire émerger ses particularités. Cette particularité de la crise internationale, je l’ai trouvé à travers cette histoire des sites des jeux Olympique de 2004. En effet, à cette époque le gouvernement avait déjà fait appel à la Banque Goldman Sachs pour maquiller ses comptes à travers des transfères de devises et la projection des pertes sur les années à venir (à voir, vidéo: Goldman Sachs, la banque qui dirige le monde, et à lire: Marc Roche, Comment Goldman Sachs dirige le monde?). Ils ont donc pu présenter des comptes “saint” alors qu’ils étaient déjà en faillite pour participer à la sélection du CIO. Ils ont en outre budgété à la baisse des frais de réalisation des JO 2004, au lieu de quelques millions, la facture s’est retrouvée à plusieurs milliards et les retours sur investissement ont été totalement nuls (effectivement le tourisme ne s’est pas plus développé après les JO). L’effet boule de neige à bien pris et quelques années plus tard, la Grèce déposait le bilan. Certains économistes pensent que le projet raté des JO fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase…
J’ai réussit, grâce à l’ambassade de Suisse en Grèce à avoir accès au site de Ellinikon, celui-ci est le plus grand site de JO abandonné au monde. Il a été construit sur l’ancien aéroport d’Athènes. J’y ai passé quelques jours et je suis revenu avec cette série.

Quel est le projet qui t’a le plus marqué ?
La série “Prison”. C’est celle qui m’a produit le plus grand impact émotionnel. Les murs de ce genre de lieux parlent et transpirent des émotions lourdes à porter. Cette série n’est d’ailleurs pas terminée. J’ai eu mon enfant l’été 2011 où je travaillait sur ce projet.

Quel est ton rapport à l’image ? As-tu des influences en particulier ?
Je suis influencé par le mouvement documentaire de Walker Evans, ses textes et ses images et ensuite par le mouvement des New Topographics (70th, Sternfeld, Becher, Baltz, Adams, Shore, etc.). Aujourd’hui je m’inscris plutôt dans une démarche Post-Documentaire comme Alec Soth, Edward Burtynsky, ou Walter Niedermayr.

En ce moment, quel est le livre (et/ou magazine) qui se trouve sur ta table de chevet ?
Livres : biographie de Salman Rushdie, dans un autre registre la biographie de Albert Speer, et pour le plaisir: Vol au dessus d’un nid de coucou (je suis très influencé en littérature par la Beat Generation et par la X Generation (James Frey, Douglas Couplan) et tout ce qui est brut et vrai…. comme la photographie).
Magazine: Kinfolk, Milk Deco, Monocle, The good Life, GQ,… il y a beaucoup de chose sur ma table de chevet… c’est suivant les humeurs.

Quel conseil donnerais-tu aux jeunes étudiants en photographie ?
Tu vas me prendre pour quelqu’un de radical, mais pour moi la photographie est un art de vivre. Je vois trop d’étudiants en photo qui pense que la photo est une activité accessoire, un travail comme un autre, mais si vous voulez survivre dans ce milieu terriblement difficile, il faut que ce soit bien plus que ça…
Alors j’ai pas vraiment de conseil à part travailler beaucoup car avant tout, il faut que ça vienne de l’intérieur. Tous les grands photographes que j’ai eus l’honneur de rencontrer lors de ma scolarité avait ça en commun, qu’ils étaient tous des passionnés. Et la passion, c’est comme l’amour, ça ne se commande pas…

Des projets à venir ?
Continuer “Prison”, peut être Israël cet été et puis New-York,… Let’s see.

Je te laisse le mot de la fin….
Bravo pour ta démarche (ligature, etc.), c’est à ça que je pense quand je parle de passion…

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>   aurelienbergot.com

Interview : Dennis Moya – 03.13

Toutes les photographies appartiennent à ©Aurélien Bergot.

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