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Pour notre première interview de 2013 nous avons l’honneur de vous présenter Sarah Kahn, graphiste, illustratrice et directrice artistique freelance installée à Paris. Talent s’amusant à jouer avec la typographie, elle travaille dans divers milieux artistiques et culturels tels que la musique et l’édition. Elle nous a fait le plaisir d’accepter et de répondre à notre interview, de parler de ces influences, de sa façon de travailler…

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Bonjour Sarah, comment vas-tu ?

Je vais super bien, j’ai un tout nouveau bureau dans le 19ème. Des projets passionnants, je sens que c’est une rentrée studieuse qui commence.

Dis-nous en un peu plus à ton sujet. Peux-tu te présenter ?

Je suis graphiste, illustratrice et directrice artistique freelance. Je travaille sur différents supports autant dans le milieu de l’édition, que dans la musique en passant par la mode. J’aime varier les expériences et les collaborations de divers horizons. Les rencontres, c’est la raison même du choix d’être freelance.

Parles-nous de ton vécu avec le design graphique. Qu’est ce qui t’a guidé dans cette direction ?

J’ai toujours été particulièrement sensible au design des objets, à l’image, à l’esthétique des formes. Je suis en plus davantage dans le ressenti que dans l’analyse et c’est ce qui m’a guidé tout naturellement vers le choix d’une école d’art appliquée après le bac. Des recherches intenses lors de ma scolarité à l’Esag-Penninghen, et une fois le diplôme en poche, paradoxalement je n’étais plus sure de rien. Seul le statut d’indépendante me paraissait être une évidence, mais je ne savais pas trop comment débuter professionnellement. J’ai donc d’abord cherché une résidence d’artistes et j’ai eu la chance d’être prise à La Sterpaïa d’Olivero Toscani à Pise. Je n’ai finalement pas eu besoin de l’intégrer car j’ai trouvé des clients assez vite à Paris.

Quels sont tes intérêts envers le design éditorial ?

Avoir mon propre magazine était un rêve d’enfant. Je suis une vraie boulimique de presse et aujourd’hui je collectionne les magazines par milliers. Je ramasse tout ce qui me tombe sous la main : ça va de la presse féminine des années 50 jusqu’à la dernière parution papier du Newsweek. Je n’arrive pas à m’en séparer et ils sont des outils de travail permanent pour moi. Comme toutes les filles au départ c’est la presse de mode qui m’intéressait. J’ai donc intégré le magazine Purple Fashion au cours d’un stage durant mes études. C’était une très bonne expérience d’autant plus que la maquette était dessinée par M/M. J’y ai aussi appris ce qu’était le travail d’équipe, et cette expérience a très largement conditionné mon attirance pour l’édition et les petites structures indépendantes. Différentes rencontres m’ont ensuite conduite vers la presse culturelle, notamment avec Trois Couleurs. C’est certainement un tout autre univers mais passionnant également, car il se développe sous différents formats, gratuit à Paris accompagné de hors-séries payants en librairies. Le titre laisse donc une part belle à la création.
A l’avenir, j’aimerais d’ailleurs avoir mon propre magazine. J’ai bien sûr quelques idées mais il me semble encore un peu tôt pour en parler.

Plusieurs de tes projets utilisent la typographie comme médium illustratif (je pense aux projets pour Julien Doré, Charlotte Gainsbourg ou encore Slanted magazine).
Quelle est ta vision de la typographie ?

Oui, je vous confirme, c’est bien une histoire d’amour que je vis avec la typographie ! Elle permet en effet de réintroduire, au sein même du texte, une œuvre graphique. Avec la typographie, je peux rendre un message encore plus percutant et plus efficace. Il sera immédiatement compris du lecteur, presque intuitivement. Personnellement, je conçois un travail typo comme un réel travail d’artisan, quasiment manuel. C’est un travail de manipulations, de contorsions et d’expérimentations avec la lettre. Je m’autorise toutes les matières, du dessin au fil de laine en essayant de ne jamais surcharger, d’être le plus fidèle possible au message d’origine. Dès que je vois que j’en ai trop fait, j’efface tout d’un coup ! La règle c’est que le résultat, quand il est réussi, doit résumer l’essence même du message. Rien de plus.

Tu es directrice artistique freelance pour le magazine de cinéma Trois Couleurs. Quel est le concept derrière chaque couverture ?

Le premier contact du public avec un magazine est toujours la couverture. Elle est la vraie punch line. S’agissant en plus d’un magazine de cinéma, d’images animées, elle doit être originale, créative et efficace. Il faut à chaque fois réussir à concilier l’intérêt graphique de l’illustration et l’adhésion d’un public le plus large possible. Mon rôle en tant que directrice de création consiste à rechercher ce qui se fait de mieux dans l’illustration contemporaine puis permettre à l’illustrateur d’exprimer son talent tout en gardant sa cohérence propre au magazine avec la charte graphique établie. C’est souvent un long travail de recherches en amont et toujours un véritable challenge tous les mois.

Quelles sont tes inspirations et tes références ?

C’est très banal à dire mais je puise vraiment mon inspiration partout. Dans la vision d’un réalisateur, d’une œuvre d’art, ou dans un blog d’art numérique, c’est à chaque fois le mouvement et la modernité qui vont m’interpeler. J’essaie ensuite d’interpréter et de proposer une nouvelle lecture de cette synthèse.
Mais j’ai quand même une vraie passion pour le design d’objet, la sculpture et l’art contemporain, et quand les trois fusionnent ça donne souvent des choses surprenantes. Tout ce qui se passe sur le devant de la scène contemporaine m’interpelle. Mais pour ne citer qu’eux, j’admire beaucoup le travail de Tatiana Trouvé, Seung Han Lee, Daniel Arsham, Chad Wys et Taryn Simon. En dehors de mon site (www.sarahkahn.fr), j’essaie de collecter tout ce qui m’inspire pour le réunir dans un tumblr (http://thepupil.tumblr.com/).

As-tu été influencé par un designer en particulier ?

Aucun designer en particulier n’a constitué une référence graphique pour moi. Certains déclenchent des inspirations et pour d’autres, de réelles admirations. Ce n’est pas tant l’ensemble de l’œuvre d’un graphiste qui peut m’inspirer, mais bien certains éléments de son œuvre. Dans la mode, le minimalisme de Martin Margiela me parle autant que la surcharge de formes graphiques chez la créatrice Mary Katzantrou. Et dans le graphisme j’admire la pluridisciplinarité de Mario Hugo et les illustrations de Merijn Hos.
Je dois aussi citer Stefan Sagmeister qui, par delà la qualité indiscutable de son travail, représente pour moi un modèle unique. La possibilité de geler tout travail pour renouveler périodiquement son regard dans une année sabbatique est autant la preuve de son intégrité artistique que de la qualité de son organisation professionnelle. C’est l’intelligence au service de l’art que je valorise plus que tout… et que j’admire.

As-tu des projets à venir ?

J’ai la chance de travailler avec des personnes complètement différentes, que ce soit le monde de la mode, le cinéma ou de l’art contemporain. En ce moment, je travaille sur un projet d’expo avec le plasticien Damien Aspe qui était une de mes premières inspirations quand j’étais étudiante. Je débute également une collaboration en tant que graphiste pour la créatrice de mode japonaise Tsumori Chisato. Et un autre projet d’édition dont je ne peux encore malheureusement rien dire. Je poursuis aussi mes projets personnels, autour de l’objet et de l’impression textile.

Quel conseil donnerais-tu aux jeunes étudiants designers ?

Conserver sa personnalité… et ne pas écouter les conseils ! A 28 ans, je suis encore un peu jeune pour délivrer des avis, mais conserver sa personnalité, c’est surtout savoir toujours garder un œil neuf. Prendre en considération dès le départ qu’il n’y a pas de média vulgaire. L’inspiration est partout, autant dans le pli d’un vêtement ou dans un film d’épouvante des années 80, que dans une affiche pour un pneu. Tout est à prendre, rien n’est figé.

Je te laisse le mot de la fin…

Merci à Ligature, je découvre toujours beaucoup de belles choses sur votre site.

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>   sarahkahn.fr

/ Interview : Dennis Moya & Tiffany Baehler – janvier 2013
//Toutes les images appartiennent à ©Sarah Kahn.

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