Hello Daniela, comment vas-tu ?

Hello! tout va bien… je suis posée sur mon canapé et je me réjouis du weekend qui va arriver.

Peux-tu te présenter ? Dis nous en un peu plus à ton sujet.
D’origine Tessinoise, j’ai vécu jusqu’à l’âge de 10 ans dans  un petit village de la Valle Leventina, là où la route se termine… Après cette étape de ma vie en plein contact avec la nature, j’ai déménagé avec ma famille à Bellinzona où j’ai  j’ai passé le reste de mon enfance. Après ma formation professionnelle de base, à l’âge de 19 ans, j’ai décidé de m’éloigner du Tessin pour essayer de poursuivre mon rêve de devenir photographe. Ceci m’a amenée à Lausanne à L’Ecole Cantonale d’Art de Lausanne (ECAL), où j’ai eu mon diplôme en 2008 et où j’ai travaillé comme assistante dans la section de photographie pendant deux ans. Durant mes deux années d’assistanat, j’ai eu le temps de me construire un réseau professionnel  en dehors de l’école avec mon associé Tonatiuh Ambrosetti, ce qui m’a ensuite permis de commencer mon activité en tant que photographe indépendante.

Parle nous de ton vécu avec la photographie. Y-a t’il une photo qui t’a donné envie de faire ce métier ?
Depuis toute petite j’ai adoré jouer avec des appareils photos. J’ai d’ailleurs toujours les premières images que j’ai faites vers l’âge de 8 ans. Mais ma vraie passion pour la photographie s’est construite peu à peu. Pour mes 16 ans, je me rappelle que j’avais demandé comme cadeau un trépied, pas très glamour mais très utile. Je ne sais pas dire s’il y a eu une photo ou un moment précis où dans ma tête il y a eu un déclic…  C’est vraiment une passion que j’ai cultivé pendant des années en achetant des tonnes de magazines comme Photo, Vogue Italy, Colors,… pendant mon adolescence, et ensuite en achetant des livres et en allant visiter des musées. Pour moi c’est un vrai besoin physique de tout le temps chercher de nouvelles images, de me confronter avec ce qu’il se fait ici et ailleurs. La photographie est un moyen de s’exprimer qui me correspond car je pense que l’image est essentielle: l’image qu’on donne de nous, l’image qu’on donne à un objet ou à une entreprise.

Les séries présentes dans la section “Still Life” reflètent un sens de la composition ultra-graphique et géométrique, jouant sur les formes et les couleurs… Peux-tu nous en parler ?
Avec grand plaisir, c’est ma section préférée! J’adore faire du Still Life.. j’adore me retrouver toute seule dans mon studio, dans le noir, avec mes lumières et mes objets à mettre en scène. Ce que j’aime le plus dans la nature morte c’est la possibilité de tout créer, de A à Z, autour des objets à photographier. La construction des décors pour les objets m’amuse beaucoup, et comme vous avez bien pu le remarquer j’aime la géométrie, les formes et les couleurs. Mon décor a autant d’importance que l’objet que je dois photographier. D’ailleurs, à partir de ces images d’objets et de leurs décors, j’ai fait une série d’images qui s’appelle Backgrounds. Dans les images commerciales, la mise en valeur des objets passe notamment par l’élaboration d’un environnement plus ou moins complexe. Mon langage personnel pour ce dernier se concrétise le plus souvent par un assemblage de formes et de lignes géométriques créées par la confrontation de différents plans colorés composés de plaques de miroir, de 
plexiglas ou de forex. Dégagés de leur fonction promotionnelle, ces «décors» acquièrent le statut d’œuvre à part entière et attribuent, d’une certaine façon, au processus de travail de la commande commerciale, le statut de geste artistique autonome. La composition de ces fonds prend ainsi une double importance dans la mesure où ces derniers vont changer de statut selon si le regard est centré sur un objet qui est placé au centre ou s’il se présente uniquement dans son essence architectonique. La différence réside dans la fonction.
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Tu photographies également du mobilier de designers et des intérieurs. Quelle est ton approche vis-à-vis de ce type de sujet ? 
Oui, je travaille aussi beaucoup pour des designers ou pour des magazines qui font de l’architecture d’intérieur. L’architecture d’intérieur et le design sont aussi une autre passion personnelle, en effet j’avais même commencé une école d’architecture d’intérieur quand j’étais ado. J’ai vite compris que j’aimais ça, mais vu de l’extérieur. Donc la photographie est parfaite pour ça. Pour ce qui est de l’architecture ce n’est pas mon domaine, je n’aime pas les murs blancs, et ne rien pouvoir déplacer, ça m’angoisse un peu. Du coup je laisse ça à mon associé Tonatiuh qui est passionné d’architecture. Je pense que c’est très important de comprendre nos intérêts et nos limites dans la photographie. Pour bien photographier quelque chose, il faut que l’objet en cause nous passionne, nous intéresse et nous parle, sinon on finit par faire une photographie qui n’a pas de caractère et qui pourrait être faite par n’importe qui.
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Quel est le projet (personnel) qui t’a le plus marqué ? Et pourquoi ?
Sans hésitation, le projet personnel que j’ai fait qui m’a le plus marqué, c’est mon travail autours de la modification du corps, Pain makes you beautiful. En fait, c’était mon travail de diplôme sur lequel j’ai travaillé pendant deux ans. J’aime utiliser la photographie comme moyen de découverte. Ça me permet d’aller dans plein d’endroits qui sont normalement interdits au public, comme des salles d’opérations. Ce travail se compose d’une recherche sur le corps et de la façon dont les gens se l’approprient à travers différentes pratiques comme toutes les modifications corporelles underground (tattoo, scarification, implants, suspension.. ) et la chirurgie esthétique. Ce sont deux pratiques qui sont très différentes aux yeux de la société mais qui ont exactement le même but, s’approprier son propre corps pour créer une image qui nous correspond plus.
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As-tu été influencé par un artiste ou un photographe en particulier ?
Durant mon adolescence, j’étais complètement fan de David LaChapelle, j’étais totalement sous le charme de sa façon de travailler au niveau de la lumière, des couleurs et des mises en scènes complètement folles. Mais après j’ai eu plusieurs d’autres phases d’idolâtrie de photographes différents comme Guy Bourdin, Diane Arbus, Joel-Peter Witkin, … mais je dirait que celui qui a réussi à me marquer le plus durant tout mon parcours photographique, c’est Paolo Roversi, photographe de mode d’origine italienne qui vit et travaille à Paris. C’est aussi peut-être parce que j’ai eu la chance de le rencontrer et de travailler avec lui durant mon cursus d’études à l’Ecal. C’est une personne incroyable dont sa photographie m’a vraiment touchée parce qu’elle va au-delà de l’esthétique et ceci grâce à sa sensibilité et à son coté “intouchable” et “métaphysique”.

Que signifie la photographie pour toi ?
Un excellent moyen d’avoir toujours accès aux backstages dans la vie!

As-tu des projets à venir ?
Des projets il y en a plein… Pour ce qui est du futur proche, je travaille par exemple sur un projet de gazette érotique qui va sortir dans pas longtemps.. (je vais vous tenir au courant!)

Le mot de la fin…
« rien n’est plus concret, plus réel qu’une ligne, qu’une couleur, qu’une 
surface » – Théo Van Doesburg, 1930.

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> daniela-tonatiuh.ch

/ Interview réalisé par Dennis Moya – Avril, Mai 2012.
/ Toutes les images appartiennent à © Daniela Droz.

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