Nous avons aujourd’hui l’immense honneur de vous présenter un homme qui a marqué l’histoire du tatouage Suisse et Internationale. Il a créé le premier salon de tatouage Suisse Romand le 1er mars 1980. Il est derrière les aiguilles qui ont encrées l’un des hommes les plus tatoués au monde (le journaliste et critique d’art genevois Étienne Dumont). Né à Lausanne dans les années 1950, Dominique Lang aka Tom Tattoo nous a fait le plaisir de répondre à nos questions…
Un grand merci à Ulrich Choffat pour cet entretien ainsi que les photographies qu’il nous livre.

……………………

Peux-tu te présenter ?
Ahah ! Une très bonne question ! Il est toujours difficile de se présenter… mais c’est parti !
Je m’appelle Dominique Lang et j’ai 58 ans. Au départ, j’étais mécanicien et après 9 ans de mécanique, comme je me faisais souvent tatouer, j’ai décidé de faire ce métier. J’aimais bien le dessin et aujourd’hui ça fait près de 32 ans que je suis tatoueur.

Peux-tu nous en dire un peu plus sur ton parcours ?
Tout d’abord, le tatouage est devenu ma passion le jour où je me suis fait tatouer…
Mes tout premiers tatouages fut réalisés à San Francisco, puis Los Angeles, Amsterdam… À cette période j’étais avec mon meilleur ami de l’époque qui aimait aussi le tatouage. À chaque fois qu’on voyageait, on marquait le coup en faisant un tattoo !
Une fois, en sortant d’un salon à Miami, on a demandé au tatoueur où est-ce qu’il achetait son matériel parce qu’en Europe c’était impossible d’en trouver. Il nous a donc envoyé à New York et avec tout l’argent de nos vacances on a pu s’offrir notre matériel de tatouage ! En rentrant, on a pu s’exercer sur des copains qui avaient déjà des tatouages (fait à la main) dans une cabine de cinéma, celui du Cinéma Palace à Lausanne, où mon meilleur ami travaillait. On a vu que ça marchait très bien alors on a pris un appartement dans les hauteurs de Lausanne. On ouvrait que le samedi mais on avait énormément de boulot. Et quand les journaux, dont l’Illustré, nous ont rédigé un article, j’aurais pu remplir un stade de foot (ndlr: clients)! (rire) À l’époque on nous a dit qu’il était interdit de pratiquer cette profession (en Suisse). Donc, on est allé à l’Office Fédéral du Commerce et ils nous ont dit qu’il était vrai que ce métier était interdit. On a trouvé cela absurde alors nous sommes allés avec un avocat parlé au chef de la Police et il s’est avéré qu’il n’y avait aucune loi interdisant la pratique de ce métier…

Quelles sont tes inspirations et influences ?
Des influences et des inspirations j’en ai peu… je travaille beaucoup avec les clients car je suis ouvert à toutes sortes de styles.  En fait, je n’ai pas de style particulier. Je travaille toujours avec des traits fin dont j’ai gardé le principe. C’est Alan, un tatoueur de Marseille, qui m’a montré comment travailler avec une aiguille…

As-tu constaté des changements de clientèle par rapport à tes débuts jusqu’à nos jours ?
Au début, il avait que des hommes! Des hommes marginaux dans le bon sens du terme, c’était plutôt des soldats ou venant de milieux durs… Dans les années 90′, il y a eu une vague, une évolution chez les femmes qui voulaient se faire un tatouage. Grâce à elles la vision du tatouage changeait peu à peu. Le tattoo est devenu « beau » et intégré dans la société actuelle, donc acceptable pour tous.  Les femmes faisaient toujours un petit tatouage aux endroits cachés.. depuis, elles ont beaucoup changé. Par exemple, bientôt j’ai un projet sur une femme qui veut fermer son bras… Les hommes c’était la grosse panthère noire ou le couteau avec le serpent autour et souvent des bateaux… À l’époque, mes premiers clients choisissaient  les dessins qui étaient affichés sur le mur, maintenant ils choisissent eux-mêmes leurs dessins et cela devient plus personnel.

Raconter nous votre rencontre et votre histoire avec Etienne Dumont ?
Au départ, il était allé chez Felix Leu (ndlr: aka Don Feliz – voir aussi “The Leu Family’s Family Iron Studio and Museum” in Lausanne CH) mais ça ne s’était pas bien passé. Donc, il est venu chez moi, c’était vers 1983. Il avait un tatouage fait à la main avec trois aiguilles sur le bras et il voulait le recouvrir par une carpe japonaise. Il pris ensuite un second rendez-vous et ça a duré 20 ans…
Il venait 2 fois par mois avec ses livres japonais, je faisais ensuite des croquis inspirés du style tel que des fleurs, des carpes, etc… Je crois qu’il y a aujourd’hui environ 7 carpes sur son corps. Mon seul regret est son dos. Chez les japonais c’est un endroit magnifique réservé à la réalisation d’une grande fresque mais il voulait faire autre chose. J’ai un énorme respect pour lui, le fait d’avoir supporté certaines douleurs comme le nez, la bouche… ce sont des endroits qui fait très mal et je respecte aussi le courage de se montrer, parce que personnellement je n’aimerai pas avoir le visage tatouer. En plus, il a une peau extraordinaire, il ne saignait pas, il cicatrisait très bien… Depuis la finition, je ne l’ai plus revu, il est devenu très occupé après le projet.

Le mot de la fin…
Par hasard j’ai découvert un métier que j’aime… l’amour du tatouage.
Il y a beaucoup de gens et de tatoueur beaucoup moins marginaux qu’avant, mon but depuis le début était que le tatouage deviennes respecté et respectable.

Merci !

……………………

> tom-tattoo.ch

/ Entretien réalisé par Ulrich Choffat.
/ Photographies noir & blanc (studio, portrait) sont © Ulrich Choffat.
/ Le dernier portrait d’Etienne Dumont © Gabriel Asper.
/ Texte rédigé par Dennis Moya et Ulrich Choffat.

Categories:
Art
Illustration
Interviews
Tattoo