Quand on a du talent et qu’il est utilisé pour réaliser des créations originales à l’aide de nouvelles technologies, un “chapeau l’artiste!” est de rigueur. La designer suisse Camille Scherrer mêle avec perfection son goût pour la technologie et ces attaches à sa région natale. Je vous laisse découvrir son univers et ces travaux sur la réalité augmentée, l’animation et le design interactif.

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Bonjour Camille, comment vas-tu ?

Tip top extra bleu ciel comme on dit chez moi. Bien que je vadrouille un peu beaucoup ces temps, je saute d’un avion à l’autre du coup les verts pâturages me manquent un peu!

Peux-tu te présenter ?

J’ai grandi au Pays-d’Enhaut, entourée de vaches et de sapins, ça m’a forgé le caractère et m’a inspiré depuis toujours ce bout de pays entouré de montagnes. J’y retourne dès que possible, l’altitude me fait venir les idées! J’ai du descendre en plaine à Montreux pour le gymnase, difficile mais passage obligé quand on ne veux pas devenir agriculteur. Ensuite j’étais sûre de vouloir faire l’école de clown Dimitri, mais finalement j’ai envoyé “juste pour voir” un dossier à l’ECAL (Ecole Cantonale d’Art de Lausanne) et hop ça à roulé comme sur des roulettes, je me suis pas posée de question et en 4 ans j’était devenue “designer en communication spécialisée en media & interaction design”… ça claque comme titre. Mes grand-parents ne comprennent pas vraiment ce que je fais, vu qu’ils m’ont vu dans les journaux ils pensent que je suis une rock star où quelque chose comme ça! :D

Qu’est-ce qui t’a amené à toucher à la réalité augmentée, à l’animation et au design interactif ?

C’est quand je préparais mon travail de diplôme, je me suis mise à la recherche d’une technologie qui me permette de mettre des animations à l’intérieur des livres d’une nouvelle manière, j’avais envie de réconcilier les livres et les ordinateurs J’ai fouillé pendant des plombes jusqu’à ce que je trouve juste à côté, à l’EPFL (École Polytechnique Fédérale de Lausanne), un labo qui faisait de la réalité augmentée, je suis allée les voir “au culot”, au début ils ne comprenaient pas vraiment ce que je pouvais faire avec des livres, mais bon ils m’ont quand même donnée un bout d’algorithme qui me permettra ensuite d’augmenter mes premières pages. C’était vraiment formidable comme collaboration, sur ce coup, les profs de l’ECAL ne pouvaient plus vraiment m’aider car je m’attaquais à une technologie super high tech. C’était quitte ou double, pas sûr que je réussisse à dompter pareille techno. Mais ça à marché, j’ai appris à parler “geek” et tout s’est super bien passé, on collabore encore aujourd’hui!

Quelles sont tes influences, tes inspirations ?

80% de montagnes, 10% de vieilleries de mes ancêtres, 10% de “handcraft” (ou tout ce qui est traditions populaires et artisanat)… en gros, après je ne sais pas toujours d’où je sort mes idées..

“Le Monde des Montagnes”, ton travail de diplôme de fin d’étude à l’ECAL (Ecole Cantonal d’art de Lausanne) t’as permis de remporter le prix « Pierre Bergé » du meilleur diplôme de design européen. Peux-tu nous parler de ce projet ?

C’est justement le projet de réalité augmenté pour lequel j’ai collaboré avec l’EPFL, c’est un livre un peu particulier, il a des animations en papier découpé qui lui sortent des pages quand on le regarde sous une lampe au halo un peu magique. C’est toujours vraiment difficile de décrire ce projet avec mots alors qu’il est si facile a expliquer avec des images, je vous laisse du coup regarder la video sur mon site!

Tu as eu l’opportunité de réalisé l’animation du livre “Art, Mode et Architecture” de Louis Vuitton. Quelle as-été ta démarche et comment s’est déroulé cette expérience?

C’était assez chouette, un jour un responsable de chez Louis Vuitton m’appel pour me demander si je voulais leur créer une video, et hop, je me retrouve à transformer mon salon en studio et à mettre en scène leur superbe livre. Je me suis inspirée de cette sensation qu’on a quand on joue avec de la réalité augmentée, je voulais mélanger le réel et le virtuel d’une manière poétique et harmonieuse, mettre mon grain de sel virtuel à chaque page. C’était vraiment top cette collaboration, ils m’ont donné carte blanche et j’ai même eu ma biographie sur louisvuitton.com. Ils proposent vraiment une superbe plateforme à la création.

J’ai réellement apprécié le projet “Turning Plates”. Comment as-tu eu cette superbe idée de composer de la musique en utilisant ce procédé ?

C’était lors d’un workshop à l’ECAL, où on devait récupérer des vieilles combines et en refaire quelque chose, j’ai choisi un tourne-disque et des assiettes de ma grand-mère, et du coup j’ai fais l’analogie assiette – vinyle, et j’ai cherché à reproduire de la musique avec les bordures déco des assiettes simplement en analysant l’images avec une camera qui remplacerait le “diamant” du tourne-disque. J’ai ensuite continué le projet, percé les assiettes pour qu’elle tiennent mieux sur le tourne-disque, créé mes propres assiettes et affiné la détection des patterns, c’était chouette j’ai pu faire une performance live à la galerie Stama à Bâle. D’habitude je ne suis pas trop fan de me montrer en public mais là c’était assez drôle, entre show de cuisine “Maïté” et DJset contemporain…

Quelle est ton avis sur les nouvelles technologies qui permettent d’élargir le design sur des supports aujourd’hui peu ou pas utilisés (je pense au design génératif, interactif, réalité augmentée)? Comment vois-tu l’avenir du design ?

Je pense que plus ces technologies seront accessibles à des créatifs, plus cela va prendre du sens et se faire une place chez “monsieur et madame Toutlemonde”. C’était vraiment difficile pour moi d’avoir accès à tout ça, du coup j’essaie d’apporter à mes étudiants, à la HEAD (Haute Ecole d’Art et de Design) à Genève, le maximum… passer le flambeau en quelque sorte. Il faut aussi vraiment qu’il y ait plus de dialogue entre le design et l’ingénierie, c’est vraiment des mondes à part mais qui gagneraient à se côtoyer un poil plus. Prédire le futur, je laisse ça à madame Irma.

As-tu de futures projets en cours ?

Oui, j’ai pas mal de pain sur ma planche, je travaille notamment sur de la réalité augmenté pour un large public pour septembre 2012, sur un projet de festival dans mon cher Pays-d’Enhaut, où je souhaite créer une plateforme de rencontre “design interactif et patrimoine de montagne” proposer à des designers internationaux de faire une résidence à l’alpage et de travailler avec les matériaux locaux. J’enseigne au Master Media Design à la Head et je voyage toujours beaucoup pour monter des expos où donner des workshops. Le prochain voyage, c’est Séoul pour la Swiss-Korean innovation night, où nous allons présenter avec SIGMASIX (Eric Morzier et Florian Pittet) un cor des alpes qui crée des lumières génératives et “In The Woods” (la projection interactive qui permet de se retrouver coiffé de masques d’animaux des forêts).

Je te laisse le mot de la fin….

…Le virtuel et le high-tech c’est bien seulement quand ça cohabite harmonieusement avec le réel.

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chipchip.ch

Interview : Dennis Moya – Mars 2012
Toutes les images appartiennent à © Camille Scherrer.