……………….

Pouvez-vous vous présenter ?
J’ai 33 ans, je suis né en Belgique, et je vis actuellement dans les environs de Bruxelles. J’ai fait des études de graphisme aux instituts St-Luc de Bruxelles. Je travaille actuellement en tant que graphiste dans une société spécialisée dans l’édition de DVD et Blu-ray. J’y confectionne des jaquettes, boîtiers, annonces presse, affiches de cinéma, etc. Bref, je baigne dans le milieu du cinéma.
Je fais de la photographie uniquement pour le plaisir, me refusant à lier cette passion à une activité professionnelle contraignante. J’ai trop peur de terminer en faisant des packshots de ballotins de pralines ou de cabines de douche. Le métier de photographe étant devenu tellement bouché et difficile, je ne veux en aucun cas entraver ma passion avec de telles obligations. Après, si je peux exposer mes images en galerie, devenir mondialement célèbre, et vivre riche jusqu’à la fin de mes jours grâce à la photographie, je ne dirais peut-être pas non :)
Sinon, en vrac, afin d’étayer un peu plus ma présentation, je peux dire que je photographie la plupart du temps en argentique, je collectionne les appareils anciens, j’expérimente toutes les techniques, j’aime lorsque le résultat me surprend, la technique me rend nerveux (pour rester poli), je n’ai pas de sujet de prédilection, j’aime lorsque les images représentent tout sauf la réalité, j’apprécie tout particulièrement les ambiances poétiques (dans le sens onirique), j’aime voir les gens sur des images, beaucoup moins les chats, les fleurs, les insectes et les voitures (chacun ses goûts), je suis d’ailleurs un peu perplexe et effrayé par le flot actuel de photographies (un véritable tsunami qui emporte tout sur son passage, le mauvais comme le meilleur), j’aime lorsque le fond et la forme s’entendent à merveille, et j’aimerais voyager plus.

Depuis quand pratiquez-vous la photographie et quelle a été la raison qui a influencé votre choix vers ce médium ?
J’ai toujours eu un attrait particulier pour les arts visuels mais c’est sûrement mon père, voyageur devant l’éternel et photographe paysagiste passionné, qui est à l’origine de mon envie de faire de la photographie. C’est lui qui a offert à ses enfants un magnifique Pentax Spotmatic afin que l’on puisse également prendre des images lors de nos vacances d’été. Je devais avoir dix ans. Mais je n’ai débuté la photographie de manière intensive que depuis le début des années deux mille. 
Et depuis, le temps que j’y consacre et mes envies ne font qu’aller crescendo. J’aime l’immédiateté de ce médium, mais aussi le hasard qu’il engendre et cette possibilité de détourner la réalité de manière infinie. Chaque photographie est différente d’une autre, selon l’endroit, le moment, mais surtout grâce à la vision de son auteur.

J’ai constaté que sur  chaque sujets / projets, il y a du texte omniprésent, quel est votre rapport à l’image ?
J’aime débuter une série par un petit texte qui pose l’ambiance ou ébauche mes intentions. Ce texte est une sorte d’image supplémentaire, qui vient introduire ou compléter la série. J’essaie de faire en sorte que ces quelques phrases restent évasives, qu’elles apportent un supplément mais jamais une explication. Je pense sincèrement qu’un travail est plus intéressant lorsque les images ne nécessitent pas un  argumentaire précis du photographe. C’est sans doute pourquoi je n’apprécie pas spécialement parler de mes images. La création est un acte assez intime et je trouve que le fait de dévoiler son raisonnement est assez impudique. Le résultat final est le plus important, et surtout la réaction que l’image crée chez les autres. Le mystère de la création doit rester un mystère justement.

Vous citez Raymond Depardon, grand photographe documentaire, il a beaucoup voyagé.
Est-t-il une influence majeur ? Quelles sont vos influences?

Effectivement, bien que je cite Raymond Depardon de manière humoristique dans le texte introductif de ma série « Talstosar », il est assurément un photographe qui m’a beaucoup influencé. J’ai débuté ce voyage de six jours dans trois capitales européennes avec les images de son livre Le tour du monde en 14 jours en tête. Et son ouvrage m’a fortement influencé lorsque je prenais mes images. Mais c’est surtout son livre Errance qui restera pour moi une énorme influence. Je trouve que c’est un chef d’œuvre rarement égalé et une de mes plus grandes révélations photographiques.
Sinon, je regarde énormément de photographies chaque jour (sur internet principalement), de manière presque boulimique, et je suis de cette manière plus influencé par les photographes contemporains que par les « classiques ». Je dirais qu’une autre influence importante pour moi est Stephan Vanfleteren, un compatriote. La qualité de ses portraits et de ses compositions en noir et blanc m’a toujours époustouflé et ses livres « Portret » et « Belgicum » sont tout simplement magnifiques. J’ai beaucoup aimé également son délire « Elvis and Presley » avec Robert Huber. J’apprécie également énormément le travail de Michael Ackerman et surtout son petit bijou « Half Life ». Dans le même style d’images sombres, il y a le travail du suédois Anders Petersen. Et aussi l’australien Trent Parke, et sa tout aussi talentueuse compagne Narelle Autio. Leurs séries sous-marines sont somptueuses.
Et pour finir, je ne citerai pas les grands photographes humanistes, les reporters de guerre, les « stars » américaines, qui immanquablement ont eu de l’influence sur tous les photographes contemporains mais plutôt, en vrac, Julien Pebrel, Benoit Paillé, Josef Hoflener, Patrick Taberna, Franck Juery, JR, Gregory Crewdson, Julien Lachaussée, Ivan Constantin, Vincent Pruchon, Lee Jeffries, et je pourrais encore en nommer des centaines d’autres.

J’ai découvert vos travaux grâce à la série “Ninja”, un sujet et une idée traité avec brio, puis je me suis intéressé aux autres créations comme “Charlyking”, Talstotar” ou encore “Terres Noires”.
Ce sont des images très sombres, autant les sujets que le rendu photographique, pourquoi ce choix récurrent du noir & blanc ?
J’ai effectivement un amour particulier pour le noir et blanc argentique. J’aime le rendu du film, qui a un aspect bien particulier que l’on ne pourra jamais rendre en numérique, même avec la meilleure volonté du monde. J’aime le grain, les imperfections, les surprises, la matérialité du film, mais aussi, au niveau technique, l’incroyable dynamique des films noir et blanc. C’est une matière brute avec la quelle on peut faire énormément de choses. Quant au noir et blanc, je l’apprécie pour son pouvoir poétique. Une image noir et blanc est une vision tronquée de la réalité qui, immanquablement, est en couleur. On obtient directement une distance, une transformation du réel. Et j’aime jouer avec les contrastes, la lumière, qui est une évidence en noir et blanc. Mais, comme le montre la série « Ninja », j’apprécie également la couleur à laquelle je ne suis pas hermétique. Elle convient mieux à certains sujets et peut apporter énormément de sens, mais elle me ramène bien souvent irrémédiablement au réel et me permet moins cet aspect onirique qui m’est cher.

Pouvez-vous choisir une de vos photographie ou projet et nous expliquer le déroulement, les coulisses ?
La série « Ninja » a été faite dans le cadre d’un projet avec le collectif Cyklope. L’idée du projet était de trouver un thème commun et, qu’ensuite, plusieurs photographes fassent chacun une série totalement libre sur ce thème. Pour ma part, j’avais envie de faire des portraits sous un œil nouveau et différent pour moi. Au niveau technique, j’ai choisi de faire tout le contraire de ce que je faisais habituellement, un peu comme un challenge : de la couleur, en numérique, avec des lumières artificielles. Je réfléchis beaucoup avant de faire ce genre d’images mises en scène. Ma réflexion pour chaque image peut durer plusieurs semaines, et une fois que je sens que mon idée est bien réfléchie et aboutie, je programme la séance de shooting. Pour cela, il faut réunir les accessoires, trouver un lieu adéquat, et un modèle. Les modèles sont, pour la plupart, des membres de la famille ou des amies. Seule la vieille dame (et la mort) n’était pas une connaissance. C’est une amie qui travaille en maison de repos qui lui a proposé et elle a accepté tout de suite. Je suis venu la photographier dans sa chambre et j’y ai rencontré une personne très agréable et pleine d’humour. Les autres images se sont faites de manière tout aussi naturelle. On se retrouvait à leur domicile ou dans un lieu bien précis et je leur demandais de poser, avec le moins d’expression possible. Je voulais que l’émotion passe par d’autres éléments que le visage et que l’on ressente cet espèce de détachement. Au niveau de la lumière, j’ai utilisé la plupart du temps (en plus de la lumière naturelle), un flash cobra en déporté avec une softbox.

Quel matériel utilisez-vous ? Utilisez-vous des films (photographie argentique) ou plutôt du numérique ?
J’utilise de tout, avec des préférences selon le sujet et le rendu souhaité, mais sans aucune restriction. Comme je disais, j’ai en ma possession pas mal d’appareils. Le marché des appareils anciens d’occasion ne s’est jamais aussi bien porté que maintenant, il y en a énormément et les prix sont ridicules. J’en achète donc énormément, que j’essaie, garde, ou revend pour en acheter d’autres. C’est réellement une période bénéfique pour ce genre de pratique. J’essaie donc de tout. Aussi bien du numérique que du moyen format argentique, film instantané, sténopé, mais aussi des procédés anciens comme le cyanotype. C’est réellement jouissif.
Je ne désire pas participer à ce débat qui oppose le numérique à l’argentique. Bien que j’ai une préférence personnelle, je ne pense pas que l’un soit mieux que l’autre, tout dépend de ce que l’on veut faire et du résultat que l’on désire obtenir. L’un et l’autre ne sont que des techniques et des outils mis à la disposition des photographes. Ce qui compte, c’est le regard de l’auteur et le résultat obtenu, peu importe la technique utilisée. De toute façon, pour moi, l’un et l’autre sont étroitement liés. Par exemple, je scanne mes films et je tire en cyanotype mes fichiers numériques…

Que signifie la photographie pour vous ?
Vaste question. Et la réponse pourrait l’être tout autant. En gros, je dirais que depuis toujours j’ai ce besoin d’être créatif. L’acte de création est pour moi une grande jouissance, une source de satisfaction immense. C’est un énorme moteur dans ma vie de tous les jours et aussi la meilleure des thérapies. Rien ne pourrait remplacer ce bienfait et d’ailleurs j’ai toujours eu beaucoup de mal à imaginer que certaines personnes ne puissent pas éprouver ce besoin créatif. Mais cela amène également certains débordements. Je n’arrive plus à regarder les choses autrement qu’avec un œil de photographe. Je me surprend à imaginer des cadrages à tout moment, à guetter la lumière, à regretter de ne pas avoir d’appareils sur moi ou de me dire que je viens de rater une splendide photo…

Quel sont vos projets future ? Une exposition de prévue ?
J’ai énormément de séries en cours, des films à scanner qui trainent depuis plusieurs années, des idées à réaliser qui attendent sagement que j’ai plus de temps… C’est un éternel combat contre la vie active et le peu de temps qu’elle nous laisse pour nos passions.
Je viens de terminer ma série pour le projet #02 du collectif Cyklope, dont le thème est « Babylon ». Le résultat du travail des 7 photographes participants sera exposé en mai à Bruxelles, lors du parcours d’artistes de Saint-Gilles. Toutes les informations nécessaires se trouvent sur le site du collectif (cyklope.com).

Je vous laisse le mot de la fin….
Je ne dirais qu’une seule chose, un grand merci, et longue vie à Ligature.ch !
J’apprécie énormément ce genre d’initiative qui met l’art et la culture en avant, et qui donne la parole à des gens peu connu.

J’aimerais conseiller également deux forums photo de qualité :
Tout d’abord, h0lg4 (h0lg4.org) qui est une communauté de passionnés extraordinaire et une mine d’or au niveau de la photographie « exotique ». Et puis un petit nouveau, p1x3l (p1x3l.org) et sa terrible boucherie, qui est son pendant numérique et qui gagne à être connu.

Merci !

……………….

> Simon Vansteenwinckel.com
> Cyklope.com

/ Interview : Dennis Moya – Janvier-Févrirer 2012
/ Toutes les images et photographies appartiennent à © Simon Vansteenwinckel.

Categories:
Interviews
Photography